Entrepreneurs confinés : entre stress financier et isolement

ENTREPRENEURS CONFINÉS : ENTRE STRESS FINANCIER ET ISOLEMENT

L’arrêt quasi total de l’activité économique (excepté les secteurs « essentiels ») imposé par le confinement, a frappé de plein fouet le monde de l’entreprise. En particulier, les secteurs des arts, spectacles, services récréatifs et de l’Horeca sont les plus touchés. Ces métiers qui, à l’heure de la « distanciation physique », ont été contraints de fermer leurs espaces de « proximité sociale ».

Parallèlement, l’immersion dans les écrans tentait de combler le vide, de maintenir les liens – social et commercial – à l’aune de l’efficacité numérique. Mais cela suffit-il à se sentir « en lien » ? De par son statut, le petit entrepreneur est davantage exposé à l’isolement. Sur fond de stress sanitaire et financier, le confinement semble avoir accentué cette tendance. État des lieux…

Le 8 juin 2020, BECI publiait sur son site les résultats du 8e sondage, faisant partie d’une large enquête, coordonnée depuis fin mars par plusieurs fédérations d’entreprises et d’indépendants, afin d’évaluer l’incidence de la crise du coronavirus sur l’activité économique en Belgique. 2993 entreprises et indépendants y ont répondu.

De manière générale, les entreprises interrogées indiquent une baisse du chiffre d’affaires de 26 % par rapport au niveau d’avant crise. Si les secteurs de la construction et du commerce semblent se redresser[1], ceux des arts, spectacles et services récréatifs et de l’horeca restent les plus impactés : « En moyenne depuis fin mars, ces deux branches d’activité rapportent des baisses de leur chiffre d’affaires de respectivement 86 % et 89 % par rapport à l’avant crise. »

Cette réalité n’est évidemment pas sans conséquences sur la santé de l’entrepreneur.

Au début du confinement, 7 Jours Santé lançait également un sondage, afin d’évaluer les effets de la crise sur l’activité et la santé des entrepreneurs bruxellois. Bien que l’échantillon reste limité (34 répondants), l’enquête dessine les grandes lignes de ce qui a perturbé la vie et la santé des participants. Premier constat : au-delà de l’économique, l’impact du confinement est essentiellement psychologique.

En voici les traits principaux :

  • Excès de stress et anxiété, causés par
    • des pertes financières importantes et des problèmes de trésorerie
    • dans les secteurs « essentiels », l’augmentation du volume de travail, en lien, notamment, avec l’expansion des contacts virtuels (visio-conférences, réseaux sociaux…)
    • la perte de visibilité de l’entreprise
    • l’état (voire la vacuité) du carnet de commandes
    • le déséquilibre vie privée/vie professionnelle, en lien avec le télétravail
  • Perte de sens face à l’incertitude, se traduisant par
    • un manque de motivation, de dynamisme, de créativité
    • une impression de routine, de monotonie
    • des difficultés de concentration et/ou d’organisation
    • une fatigue morale
  • Isolement préexistant à la crise pour beaucoup d’entrepreneurs, il a été accentué par
    • le télétravail
    • l’explosion des médias virtuels (« lassitude des écrans ») et l’absence de contacts directs avec les clients, les partenaires.

L’impact psychologique du confinement s’est inévitablement répercuté sur la santé physique des répondants : manque d’activité physique, troubles du sommeil, grignotages, augmentation de la consommation d’alcool et/ou de tabac… Point positif : accepter l’incertitude – ce qui n’est pas donné d’avance – semble avoir libéré la résilience et la créativité de certains, qui ont vu dans le confinement « l’occasion rêvée d’un nettoyage administratif, d’une mise au point des priorités, d’un ralentissement du rythme de vie… ».

Ces observations sont confortées par l’une des initiatives de la plate-forme d’aide d’urgence, mise en place par le 1819 et le CED : début avril, une cellule de 40 coaches se tenait prête à écouter et accompagner les entrepreneurs en difficulté. Ici aussi, on constate un faible taux de participation : 9 coachings effectifs (constatés le 16/6) sur 33 demandes, dont 31 ont été introduites entre le 23 avril et le 15 mai. « Au début, explique Antoine Parmentier, secrétaire général d’EMCC-Belgium et coordinateur de la cellule, les entrepreneurs étaient surtout préoccupés par l’impact financier du confinement, notamment, l’obtention (ou non) du droit passerelle. Submergés par le stress, ils n’arrivaient pas à s’arrêter pour prendre du recul. En phase de déconfinement, ils sont préoccupés par la gestion opérationnelle. »

Parmi les difficultés exprimées lors des coachings, « l’isolement confiné » revient souvent. Plus particulièrement, une tension entre la peur du virus  – et donc de la proximité physique – et le manque de contacts sociaux directs avec les proches, les clients… Dans ce cas, le coach semble avoir contribué à maintenir un lien social, permettant à certains de « sortir le nez du guidon ».

 


[1] Construction : baisse de 14 % du CA par rapport à la situation précédant la crise, contre une baisse de 34 % rapportée lors de l’enquête précédente. Commerce : baisse de 16 % du CA par rapport à l’avant crise alors qu’elles indiquaient une baisse de 36 % dans l’enquête précédente.