Entrepreneurs de nécessité : comment réussir sa reconversion ?

Entrepreneurs nécessité

Parmi les starters, il y a ceux qui ont connu une longue période de chômage et qui, à défaut d’alternative, décident de créer leur propre business. La réalité de ces entrepreneurs dits « de nécessité » a fait l’objet de recherches.

Opportunité ou nécessité : entre besoin et désir

L’augmentation croissante des entrepreneurs dits « de nécessité » depuis le début des années 2000, a éveillé l’attention du monde académique. Dans le cadre d’une maîtrise en sciences de la gestion pour l’Université du Québec, Brou N’Da Amani publie en 2015, une étude sur la perception du risque par l’entrepreneur de nécessité en milieu urbain. La chercheuse épingle, notamment, la différence de représentations, diffusée dans la littérature sur l’entrepreneuriat, entre les entrepreneurs « d’opportunité » et  « de nécessité ».

L’entrepreneur d’opportunité est généralement présenté comme « le héros des temps modernes » : volontariste, enthousiaste, doté d’un flair affuté, pour débusquer les opportunités et les transformer en innovations économiques. La motivation de l’entrepreneur de nécessité, quant à elle, est toute autre. Ce dernier est dépeint comme « celui qui est poussé à créer son entreprise par nécessité, parce qu’il n’a pas d’autres possibilités de travail et a besoin d’un revenu. » (Bosma et Levie, 2013). C’est donc ici la notion de désir qui change la donne : préoccupé par des priorités d’ordre matériel, bien légitimes, l’entrepreneur de nécessité est davantage guidé par ses besoins immédiats que par le désir d’entreprendre.

L’étude relativise cependant ces images divergentes d’entrepreneurs, qui restent des représentations stéréotypées : dans la réalité, l’entrepreneur d’opportunité, par exemple, est confronté à des situations plus variées et nuancées ; il n’est pas toujours porteur d’innovation ni un héros, forcément riche.

Entreprendre : pas donné à tout le monde ?

La situation très précaire des entrepreneurs de nécessité, par contre, semble bien réaliste : selon les Professeurs français A. Fayolle et W. Nakara qui ont mené une enquête à leur sujet « ils ont été licenciés et ont connu les affres du chômage ; ils n’ont pratiquement plus de ressources et se retrouvent souvent seuls ». Cette précarité les met dans une situation paradoxale : se lancer dans un projet entrepreneurial, avec tout ce que cela implique de disponibilité, d’énergie et de ténacité, alors qu’ils ont été récemment éprouvés.

Les chercheurs attirent également l’attention sur le risque de présenter l’auto-entreprise comme la solution unique et accessible à tous, pour sortir du chômage. Car, là où certains pourraient voir l’occasion inespérée de concrétiser un projet qui leur tient à cœur, d’autres pourraient se sentir moins outillés ou isolés, face aux défis que cela représente. Autrement dit, le métier d’entrepreneur s’appuie sur un tempérament et des ressources spécifiques : tout le monde n’a pas l’élan d’entreprendre.

Un véritable changement de vie

Selon Ibtissam Omari, conseillère dans un Guichet d’Économie Locale (GEL) bruxellois, la plupart des porteurs de projet semble avoir totalement intégré le modèle basé sur la compétition et la performance. Si l’image idéale du « gagnant » peut booster la motivation et la combativité, elle doit cependant être nuancée par la réalité concrète du processus : « Ils voient chez les autres la « success story » mais n’ont aucune idée du long processus qui se cache derrière. Celui-ci n’est pas linéaire, il y a des hauts et des bas, des étapes… Monter un projet implique une analyse approfondie pour construire des objectifs à long terme ; cela demande du temps car il s’agit d’un véritable changement de vie. »

Entreprendre n’est pas forcément la solution à tous les problèmes financiers. Prendre le temps de bien concevoir son projet augmente les chances de réussite et minimise les risques. Mieux vaut se lancer « quand on est prêt » : non seulement en termes stratégique et financier mais aussi lorsque l’on se sent porté par une intention claire et une confiance en soi solidement (re)construite.

Réussir sa reconversion

A Bruxelles, de nombreux organismes de soutien à la création d’entreprise permettent aux starters de préciser leurs objectifs et d’acquérir les compétences spécifiques à l’entrepreneuriat.

Parallèlement, certains dispositifs publics proposent aux chercheurs d’emploi de créer leur entreprise dans des conditions avantageuses, comme par exemple, le maintien de leur allocation de chômage pendant la phase de création et ce, pour une durée déterminée. Si leur projet n’aboutit pas, ils récupèrent ensuite leur allocation.

De nombreux conseillers en création estiment que l’annonce de telles mesures devrait souligner l’importance d’être soutenu et de s’entourer de partenaires (publics ou privés), qui donnent accès à une mine d’informations. C’est le point de vue d’Ibtissam Omari : « Les entrepreneurs de nécessité confondent souvent le statut administratif avec le processus de développement d’un projet et la nécessité les pousse à agir dans l’urgence. Or, avoir un numéro de TVA ne veut pas dire de facto que le projet est mûr. Le métier d’entrepreneur requiert des compétences complémentaires, qui ne sont pas directement liées à l’aspect métier du projet. »

Jonathan Willems, psychologue indépendant, témoigne de l’apport pertinent et qualifié des services d’accompagnement pour réussir son projet d’entreprise : « Je me suis vraiment senti bien accompagné et soutenu. Quand je suis arrivé, mon projet était encore en chantier… Par un coaching à la fois individuel et collectif, ils m’ont invité à le baliser, de manière très juste et subtile. C’est-à-dire, en créant le cadre nécessaire sans trop cadenasser les choses. Pour le business plan, par exemple, il s’agissait de le détailler le plus possible, tout en gardant une marge pour l’imprévu, le spontané… J’ai vraiment été ravi. »

Suite à cette préparation, la phase de lancement n’est pas à négliger. Durant cette période délicate (recherche de clients, sources de revenus…), l’entrepreneur peut également avoir besoin de soutien. Face à ce constat, certaines structures bruxelloises, comme ILES/Entreprendre ainsi que la plupart des Guichets d’Économie Locale (GEL), mettent en place un accompagnement « post-création ».

Petit bémol : si vous décidez de faire appel à l’un de ces services, mieux vaut anticiper la prise de rendez-vous car le délai d’attente peut parfois être long.

Avant de vous lancer : quelques conseils de conseillers

CLARIFIER VOS BESOINS ET ATTENTES : Pourquoi décidez-vous d’être entrepreneur ? Pourquoi telle activité plutôt que telle autre ? Qu’est-ce qui vous motive le plus ? Qu’attendez-vous d’un tel projet ? Si vous n’êtes pas au clair avec ces questions préalables, un conseiller vous aidera à y répondre.

UNE CONFRONTATION BIENVEILLANTE : Si vous entamez un processus d’accompagnement à la création d’entreprise, vous devez être prêt à vous voir confronté dans vos idées. Le conseiller peut bousculer certaines de vos croyances pour le bien du projet et ce, toujours dans la bienveillance.

UN PLAN FINANCIER EN BÉTON : La construction d’un projet passe avant tout par la réalisation d’un plan financier détaillé. Évaluer, au préalable, votre seuil de rentabilité et le montant du budget d’investissement initial, c’est construire des fondations solides avant d’y poser les briques.

PRENDRE LE TEMPS D’UNE RÉFLEXION POUSSÉE : Analysez l’impact de votre projet sur votre vie privée et définissez votre clientèle cible ainsi que votre concurrence. Vérifier qu’il existe une clientèle potentielle suffisante garantira la création et la viabilité de vos revenus.

CRÉER DES RÉSEAUX : Afin de briser l’isolement et de recharger vos batteries, développez vos réseaux social et professionnel. Rencontrez d’autres entrepreneurs (starters ou expérimentés), pour partager vos expériences, vos pratiques et vous encourager mutuellement : co-working, formations…

IDENTIFIER VOS FORCES ET VOS FAIBLESSES : Être entrepreneur nécessite des compétences spécifiques, telles que marketing, communication, prospection, comptabilité… Après les avoir apprises et testées, vous sentez-vous à l’aise avec ces matières ? Si non, pourriez-vous vous associer à quelqu’un qui les maîtrise ? Ou les déléguer ? Si ces solutions sont irréalisables, posez-vous la question : « Suis-je vraiment fait pour être entrepreneur ? » Bien que confrontantes, ces questions peuvent éviter de vous lancer tête baissée dans un changement de vie qui ne correspond ni à votre personnalité ni à ce que vous aimez réellement faire.

RELATIVISER L’ÉCHEC : Donnez-vous le droit à l’erreur. Bien plus qu’une défaite, l’échec peut être un véritable outil de réajustement et de transformation.