Renaud David

Renaud David

Consultant en sûreté et sécurité maritimes

Présentation

« Je suis consultant en sécurité et sûreté maritimes. Mes clients sont principalement les ports, privés ou publics. Je fais des audits, donne des conseils et propose des solutions pour les installations portuaires. Les missions se font toujours en duo. Personnellement, je travaille avec un collègue spécialisé dans la sûreté terrestre. Cela permet de tenir compte des deux éléments complémentaires en sûreté maritime : la mer et la terre, au niveau de la zone portuaire. Je suis également formateur. »

Les pauses me permettent d’éclaircir mes idées

Est-il juste de dire que l’indépendant peut gérer son temps comme il veut ?

Mon travail est principalement rédactionnel : suite à un audit, je rédige un rapport puis un plan de sûreté, que le client doit mettre en place, pour être conforme aux règlementations internationales. C’est donc principalement du travail à domicile : je peux travailler la journée, le soir et le week-end. Je peux dire que je suis libre quasi tout le temps pour mon activité.

Arrives-tu à gérer les temps privé et professionnel ?

En général, oui. Mon temps est rythmé par la garde alternée de mon fils. Les semaines où il est avec moi, je suis plus limité le soir et ralenti les week-ends. Je dois prendre mon temps pour que le travail soit bien fait mais le client attend quand même le document dans un délai que j’ai donné au préalable.

Combien d’heures prestes-tu par semaine ?

Quand je rédige un audit, je travaille une bonne dizaine d’heures par jour, pauses incluses. Les pauses me permettent d’éclaircir mes idées, d’évaluer où j’en suis dans la rédaction.

Ma vie privée est une priorité

Pour toi, quelles sont les situations qui génèrent du stress ?

Je ressens du stress avant d’entamer un travail, une fois que le contrat a été signé avec le client. Surtout s’il s’agit d’une installation que je n’ai jamais auditée auparavant, ce qui me met en terre inconnue. La relation avec le client peut aussi être stressante. Lors d’une première visite, je donne des conseils et certaines personnes sont parfois susceptibles ; elles le prennent personnellement. Alors, je dis que c’est dans leur intérêt et surtout pour la sécurité de tout le personnel. C’est un effort de diplomatie.

As-tu d’autres sources de stress ?

Un autre facteur de stress est d’évaluer le temps de rédaction du rapport de manière réaliste. Parfois, les autorités exigent que le rapport soit rédigé dans un délai trop court par rapport au travail requis. Cela met de la pression entre nous et le client et je dois alors être honnête et lui dire que ce n’est pas possible. Il arrive aussi de tomber sur un « plan catastrophe » : les normes de sécurité ne sont pas respectées et je dois recommander la fermeture du site… C’est aussi une source de stress.

Où ressens-tu le stress dans le corps ?

C’est un peu généralisé, surtout le dos. J’ai eu une hernie lombaire et être assis plusieurs heures devant un ordinateur n’aide pas. Quand c’est un état de stress général, je me sens fatigué. C’est souvent dû à des troubles du sommeil : je dors peu ou mal. C’est une fatigue nerveuse et physique. Cela arrive quand je dépasse une certaine limite.

Qu’est-ce qui t’aide à désamorcer le stress ?

Je fais de plus longues pauses, je marche et ça relaxe. Je me change les idées en regardant un documentaire, je lis… Cela me permet de canaliser mon stress.

Prévois-tu des vacances ?

Je planifie des vacances en fonction de la garde alternée et des vacances scolaires. Cela ne pose pas de problème financier ni de stress par rapport à mon travail : je préviens longtemps à l’avance les personnes concernées. Ma vie privée est une priorité, pour mon fils.

Délègues-tu certaines tâches ?

Travailler en duo me permet d’avoir un œil extérieur et une meilleure analyse de la demande. On croise nos regards et compétences spécifiques (sûretés maritime et terrestre) et on apprend chaque fois l’un de l’autre sur les projets. On forme une équipe.

L’hyper connectivité est-elle un facteur de stress ?

Non car je scinde ma boîte mail professionnelle et privée. Le matin, en déjeunant, je consulte ma boîte mail professionnelle et puis je continue mon travail. Je ne me laisse pas envahir. Les réseaux sociaux ne sont pas ouverts et restent sous silence.

La concurrence est-elle difficile à gérer ?

J’entretiens des contacts avec d’autres sociétés du secteur et une collaboration win-win en tant que sous-traitant. Ça aide.

Je lis, j’éteins et je ne m’endors pas

Combien d’heures dors-tu par nuit et est-ce suffisant ?

Cela dépend des périodes. Pour le moment, les activités sont assez réduites alors c’est le stress. En général, il me faut au moins 6 heures par nuit pour récupérer. Alors qu’auparavant, 4 heures suffisaient. J’ai travaillé dans la marine marchande : les horaires décalés nuisaient à la qualité de mon sommeil. J’ai vu un psychiatre, un thérapeute et je suis allé à la clinique du sommeil. Il m’a fallu un temps d’adaptation.

Quels sont les troubles de ton sommeil ?

C’est plutôt l’endormissement qui est un problème. Je me fixe une heure de coucher, surtout la semaine où j’ai mon fils. Mais parfois, je ne me sens pas fatigué, je lis, j’éteins et je ne m’endors pas. C’est souvent lié à une période d’incertitude : insécurité financière ou problèmes privés. J’ai pris des médicaments et aussi des plantes. Parfois ça marche, parfois non. Il est vrai que, le soir et la nuit, je travaille mieux, c’est plus calme dans l’environnement. Je trouve que le stress est plus facile à gérer car on est conscient, éveillé et on se fixe des limites dans le temps. Le sommeil, on ne le contrôle pas, c’est biologique.

Je mange à moitié sainement mais je marche beaucoup

Que choisis-tu comme moyen de transport ?

Je me déplace en transports en commun et en moto. Comme la plupart de mes réunions sont à Anvers, la voiture prend beaucoup trop de temps, à cause des embouteillages. Je prends donc le train ou la moto. Ou l’avion, pour les missions à l’étranger. La mobilité à Bruxelles ne me pose donc pas de problème.

L’activité physique est-elle importante pour toi ?

Oui. Je marche beaucoup. Principalement pour mon problème de dos, il faut que je bouge. À cause d’un accident, qui a amené un problème à la cheville, je suis limité à la marche et au vélo.

Comment qualifierais-tu ton alimentation ?

Elle est cyclique : saine et parfois moins saine. J’ai toujours été un gourmand et j’aime le sucré principalement. Je fais un effort une semaine sur deux, quand je suis avec mon fils : fruits, légumes, un peu de viande. Donc je mange à moitié sainement. Mais je fais quand même attention : j’ai réduit les quantités et j’ai arrêté l’alcool.

T’arrive-t-il ou t’est-il arrivé de consommer de l’alcool ou du tabac, pour évacuer le stress ?

Avant, je buvais une à trois bières, le soir. Puis, je me suis dit que c’était plus sain de boire du vin… Ensuite, j’ai diminué progressivement et j’ai arrêté avec la tournée minérale de cette année. Je buvais pour le plaisir mais pas pour le stress. Je ne fume plus sauf parfois un cigare. Il n’y a pas de dépendance.

J’ai une fonction de leadership, ce qui m’a donné de la confiance

As-tu des difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle?

Il est déjà arrivé que mon boulot empiète sur ma vie privée. En vacances, par exemple, j’ai dû terminer des documents pour le travail alors que j’étais avec mon fils. Mais cela n’a pas empiété sur les rituels familiaux. Si j’ai du boulot, c’est mon fils d’abord… C’est relativement équilibré mais point de vue social, c’est très calme aussi.

Ton parcours professionnel a-t-il eu une influence sur ta confiance en toi ?

Mon expérience dans la marine marchande m’a permis de réduire ma timidité en société : j’ai travaillé avec des équipages de 20 à 30 personnes. Dans ce cadre, je suis devenu commandant et toutes ces personnes étaient sous mon autorité. J’ai monté les échelons progressivement et j’ai eu des contacts avec des personnes de nationalités différentes. J’ai appris au fur et à mesure les codes culturels et la diplomatie. Le fait de monter en grade progressivement m’a aussi beaucoup appris sur moi-même.

Et dans ton travail actuel ?

Je manque de confiance en moi au niveau commercial même si j’ai appris… Du point de vue opérationnel, sur le terrain (poser des questions, faire des remarques, donner des conseils), je me sens à l’aise, c’est mon domaine.

Qu’as-tu trouvé comme moyen pour nourrir et préserver cette confiance dans ton métier ?

J’ai continué mon chemin. J’ai une fonction de leadership, ce qui m’a donné de la confiance. Je sais ce que je vaux, je connais mes qualités, mes défauts, mes limites. C’est une question de respect de soi et d’autrui. Si le client demande un prix trop bas ou si je ne rentre pas dans mes frais – c’est ça que le client ne réalise pas toujours –, je préfère dire non. J’ai une réputation, je suis mon propre chef et je ne vais pas me brader.

 

Covid-19: la crise a surtout augmenté le stress

Quel a été l’impact crise sanitaire sur ton activité professionnelle ?

Toutes mes activités ont été stoppées, complètement.

Quelles aides financières as-tu trouvées ?

J’ai bénéficié du droit passerelle pour les indépendants ainsi que du report du paiement des charges sociales. Je les ai obtenues facilement, via le site Xerius. En quelques clics, la demande a été acceptée et le droit m’a été accordé 10 jours plus tard. C’est suffisant pour payer les factures, les besoins essentiels. Pour le reste, c’est un peu juste…

En quoi la crise sanitaire a-t-elle changé ton rythme de vie et de travail ?

La crise a surtout augmenté le stress. Mes clients ne sont pas joignables. Ils se trouvent à l’étranger et il n’y a pas d’avion. De plus, dans certains pays confinés, mes clients sont soumis à des règles très strictes : ils sont bloqués et ne savent pas quand cela va reprendre ni à quelle vitesse.

As-tu pu maintenir de bons termes avec tes clients, malgré le confinement ?

Oui, il y a toujours des contacts ainsi qu’avec différents partenaires, avec qui je pars en mission. On se contacte régulièrement. Des contrats de formation se préparent mais on n’a pas encore pu finaliser les accords, à cause du confinement. Cela reste une porte ouverte mais cela dépendra aussi du budget des clients : beaucoup de sociétés font face à des pertes importantes. Je sais d’expérience que la formation est le premier poste budgétaire qui saute…

Quelle est la difficulté principale que tu as rencontrée au quotidien ?

Le plus difficile c’est d’attendre. Le manque d’activités, qui entraîne une absence de revenus réguliers.

De quels outils penses-tu avoir besoin pour résoudre ces difficultés de stress ?

Question stress, un atelier avec des conseils de relaxation, pour pouvoir le diminuer ou du moins le combattre plus efficacement. Un atelier sur l’alimentation serait aussi le bienvenu. À cause du confinement, les revenus sont bien moindres que lors des activités normales : on regarde davantage le prix que la qualité du produit alimentaire. Toutefois, j’ai continué principalement la marche et le vélo…

La crise a-t-elle eu un impact sur ta vie privée ?

Oui, puisqu’on ne peut plus sortir, aller manger un bout, boire un verre avec des amis. Se voir tout simplement. On communique via les réseaux, le téléphone… Du point de vue familial, mon fils est à la maison au lieu d’être à l’école. Il suit ses cours à distance.

Comment s’est passée la cohabitation, dans le travail ?

J’ai dû l’aider au début. Il aura bientôt 12 ans. Il commence à manier l’ordinateur mais il a plus de difficulté avec les logiciels. Maintenant, il a compris le système et se débrouille seul. Je dois seulement veiller à ce qu’il reste connecté à son travail, sans trop de récréations virtuelles (vidéos, jeux avec les copains…). Il y a eu plus d’écran mais c’est difficile d’aller contre cela. Par contre, on a plus de temps pendant les pauses ou le week-end. On discute, on se balade en vélo. On a même fait un puzzle de 1000 pièces !

Comment vois-tu le redémarrage ?

Le démarrage des activités sera progressif. Ce qui m’inquiète, c’est quand on va atteindre la vitesse de croisière et combien de clients on aura au départ. Tout le monde souffre du manque d’activités ; la crise sanitaire a eu un fort impact économique, dans tous les secteurs.

 


Interview réalisée le 10 mars 2020 et le 7 mai 2020.